ChallengeAZ : Lettre F comme … Faillite

#ChallengeAZ, #Andry

  • Date : 30 janvier 1894, une nuit de grand gel où le linge ne sèche même plus.
  • Heure : 02h50. Mes yeux sont injectés de sang et de savonnette.
  • État psychologique : Au fond du seau. Persuadé que mes ancêtres ont passé leur vie à faire des chèques en bois avec du savon noir de mauvaise qualité.

Je délire complètement sur l’économie domestique du XIXe siècle. Je ne peux plus voir une machine à laver moderne sans y voir le tribunal de commerce. Je m’imagine poursuivi par des huissiers munis d’une brosse à récurer et d’un carnet de faillite.

Drôle de coïncidence : la destinée d’Élisabeth Françoise ANDRY se conjugue exclusivement avec la lettre F. Aînée d’une tribu de 9 enfants, elle naît le 24 octobre 1841 à Larue (94) au sein du foyer formé par François Antoine ANDRY et Marie Louise Élisabeth Félicité MONSION (pas besoin d’être devin pour comprendre d’où viennent ses prénoms !).

On la retrouve plus tard blanchisseuse — surnommée affectueusement Irma — lors de son mariage, le 7 décembre 1861 à Larue avec un certain Félix FÉRY (encore un F !). À l’époque, travailler dans la lessive avec sa belle-mère Marie BRIZARD n’a rien d’un conte de fées. C’est l’un des labeurs les plus pénibles et précaires du XIXe siècle : les mains trempées dans l’eau glacée pour le rinçage ou brûlées par la vapeur des cuves, le dos brisé à porter des ballots de linge mouillé pesant le triple de leur poids, et la peau rongée par la potasse.

Irma a fini par s’élever au rang de « chef blanchisseuse ». Mais bosser 15 heures par jour pour une misère ne met pas à l’abri des catastrophes financières. En fouillant les annonces judiciaires, le couperet tombe, brutal, le 30 janvier 1894 : mise en faillite de dame Féry Élisabeth Irma, blanchisseuse à Larue et veuve de son état. Traduction : la pauvre Irma brassait de l’eau, de la mousse et de la vapeur à longueur de journée, mais visiblement pas assez de cash pour désaltérer ses créanciers. Sa petite entreprise a fini par couler à pic dans son propre baquet ! Voilà ce qui arrive quand on veut blanchir le linge des autres sans réussir à épurer ses propres comptes.

Pour retrouver le couple ANDRY-FERY parmi dans notre arbre, il faut remonter au grand-père de notre arrière grand-père ANDRY Louis Philippe (le mari de notre manie « ANDRY »), Elisabeth était sa cousine germaine. (génération VII)

Mon humaine s’immerge un peu trop dans les drames financiers de ses aïeux lingères.

Lui confisquer de toute urgence le bac à linge sale et son adoucissant, lui interdire l’accès à tous les lavoirs et stations de lavages automatiques du XXI ème siècle et prescrire un bain moussant relaxant (sans redressement judiciaire à la clé).

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